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Article Stradda#9 - "On n’est pas toujours les bienvenus" : Interview

   
 
Interview de Stéphane Bonnard et Pierre Duforeau, directeurs artistiques de KompleXKapharnaüM, par Olivier Bertrand. Article paru dans le dossier « Terrain d’aventures - Ecrire pour et avec le territoire » de Stradda#9 (juillet 2008)
 
   

+ Stradda  : En quoi les quartiers en Politique de la ville influent-ils sur vos processus de création  ?


KompleXKapharnaüM  : L’histoire d’un territoire, sa gueule même, ont de l’influence, qu’il se trouve en Politique de la ville ou non. Ce qui anime notre projet, c’est l’envie d’une porosité avec le quotidien, la réalité, pour une proposition artistique qui ne soit pas enfermée dans sa tour. Cela peut nous entraîner dans des formes presque animatrices ou sociocul. A Roubaix (en mai 2008), le scénario de PlayRec 1 est parti de la Condition publique. Mais on a ouvert sur la vie d’un quartier où il y a beaucoup d’usines, où la plupart des espaces de socialisation ont disparu. Après, au moment de l’écriture, il faut donner à comprendre autre chose que ce que tout le monde connaît. Il y a une écriture artistique, une narration peu linéaire.

+ La restitution produit-elle alors des chocs culturels  ?


La forme est peu évidente de prime abord, c’est vrai. Notre narration est assez éclatée. Nous avons d’ailleurs ajouté au début de PlayRec une introduction très didactique, pour désamorcer l’impression que ce qui est montré serait destiné à d’autres. Nous avons le souci de rester dans une forme proche du théâtre populaire.

+ Quel accueil recevez-vous de la part des habitants dans les quartiers ?


Le public n’est pas forcément habitué à nos histoires. Le leitmotiv, c’est de ne pas se gameller avec les gens d’un quartier dont on rameute l’histoire. Ils sont dans un rapport moins conquis au spectacle, plus critique. Leurs préoccupations sont ailleurs. Tu n’es pas toujours le bienvenu. Il faut désamorcer le rapport de force, expliquer que ce que l’on fait n’est pas forcément mieux que ce qui existe là, que ce n’est juste pas la même culture. On peut sur ces bases-là embarquer tout un immeuble dans un projet. En centre-ville, les gens sont moins disponibles et les choses plus signifiées. C’est vraiment une histoire de classes sociales. A Aix-en-Provence, nous nous sommes pris des râteaux toute la journée dans la rue. Parce que la proposition artistique ne se fait pas là. Ou que nos protocoles de création et d’écriture sont orientés pour certains publics.

+ Quel accueil recevez-vous de la part des acteurs de la Politique de la ville  ?


L’accueil est variable, avec une grosse tendance au fusil à pompe... La plupart travaillent là depuis longtemps, avec peu de moyens. Ils voient arriver des artistes qui resteront peu et les suspectent parfois de venir chercher des budgets. Les malentendus ­s’estompent ensuite. Mais nous ne travaillons pas beaucoup avec les acteurs institutionnels de la Politique de la ville, pour ne pas être coincés dans un réseau, et pour trouver des témoins qu’on ne nous envoie pas.
l propos recueillis par Olivier Bertrand

1. A partir d’une friche, PlayRec recherche des traces, des témoins, puis raconte l’histoire du lieu.


Propos recueillis par Olivier Bertrand

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