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Article Stradda#9 - Entrer dans les quartiers

   
 
La Politique de la ville, qui dépend de la secrétaire d’Etat Fadela Amara, s’occupe des « Zones urbaines en difficulté ». Un terrain avec lequel certaines compagnies se sentent en empathie. Entretien avec Philippe Chaudoir, sociologue, par Anne Gonon. Article paru dans le dossier « Terrain d’aventures - Ecrire pour et avec le territoire » de Stradda#9 (juillet 2008)
 
   

Philippe Chaudoir est maître de conférence à l’Institut d’urbanisme de Lyon et chercheur à l’Institut de recherche géographique. Il a codirigé avec Jacques de Maillard en 2004 un ouvrage intitulé Culture et Politique de la ville aux Editions de l’aube.

 

+ Stradda  : En quoi les démarches des compagnies de rue entrent-elles particulièrement en résonance avec le volet culturel des Politiques de la ville  ?

Philippe Chaudoir  : Il y a, chez un certain nombre de compagnies, une forme d’empathie à l’égard des territoires. Elles ont des atouts forts vis-à-vis de la question de la ville comme objet, comme espace matériel et concret et comme espace de jeu. Elles disposent d’un savoir-faire, d’une réelle capacité à nouer des relations à des populations spécifiques, à se confronter à des situations complexes. La spécificité de leurs propositions s’exerce sur des thématiques mémorielles, sur la sensibilité par rapport à un lieu, c’est-à-dire sur une maîtrise de l’espace sensible. C’est avant tout sur une entrée artistique que les compagnies de rue ont une carte à jouer. Cette approche leur permet d’échapper, en partie, au ­stigmate socio-culturel dont certaines actions, comme les ateliers de pratique amateur, sont malheureusement aujourd’hui entâchés.

+ Pourquoi les compagnies de rue sont-elles rarement en lien direct avec les dispositifs de ­Politique de la ville  ?


Les porteurs de projets sur les territoires sont les opérateurs. C’est à eux qu’il revient de négocier la place de la culture dans le cadre de la Politique de la ville. Ils convoquent des compagnies parce qu’ils les estiment pertinentes quant aux problématiques culturelles et politiques. Cette situation me semble juste  : les artistes n’ont pas à assurer un rôle de médiation. On fait appel à eux à l’égard de leur capacité à se saisir de la réalité d’un territoire, à développer un point de vue artistique sur celui-ci. La relation entre une «  politique de la ville  » et les compagnies de rue est ancienne. Déjà, à la fin des années 90, à l’époque des Projets culturels de quartier, des opérations intéressantes avaient été développées. Pour autant, je ne connais pas de compagnies de rue qui soient des professionnels de la Politique de la ville et c’est heureux. La Politique de la ville n’est pas un guichet où les compagnies s’adresseraient pour diversifier leurs activités artistiques. S’il y a des opportunités qui se créent, il n’y a pas d’opportunisme de la part des artistes. Les compagnies ne font pas le choix d’œuvrer dans le cadre de la Politique de la ville, elles investissent un territoire et y proposent des créations qui ont du sens, à cet endroit-là.

+ Le dispositif est-il en voie d’appauvrissement  ?


Le volet culturel de la Politique de la ville a été drastiquement réduit. La ponction est beaucoup plus importante que celle que connaît le champ culturel. A Lyon, par exemple, les crédits Politiques de la ville affectés à la culture ont été réduits de 40 %. Les collectivités territoriales ne peuvent pas supporter un tel transfert financier, même quand elles soutiennent les porteurs de projets. On assiste manifestement à un hiatus complet entre d’une part des discours, une médiatisation à outrance et, de l’autre côté, une pratique systématique de la terre brûlée. Pour les compagnies, la conjoncture est donc très défavorable, et pour les territoires et leurs habitants, la situation est dramatique.

Propos recueillis par Anne Gonon

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