Festives et populaires, les manifestations dédiées aux arts de la rue connaissent depuis une trentaine d’années un succès non démenti, corollaire naturel du développement spectaculaire du nombre de compagnies. Aix, ville ouverte aux saltimbanques ou la Falaise des fous marquent l’esprit des « seventies » en inventant, au coeur des villes, des nouveaux modes de relation entre le public et les artistes.
La connivence entre la rue et le cirque est réelle, puisqu’une dizaine de manifestations se revendiquent de l’appellation « rue et cirque » et la plupart d’entre elles ouvre leur programmation à des formes croisées et pluridisciplinaires.
Un passage obligé
Accueillant en moyenne dix-neuf compagnies par édition, ils demeurent les supports privilégiés de la circulation des créations, constituant même pour les arts de la rue un segment essentiel de leur économie. Le passage par Aurillac, Chalon-sur-Saône ou Sotteville-lès-Rouen s’avère incontournable et procure, outre des possibilités de résidence dans leurs lieux de fabrication, des moyens de reconnaissance tant auprès des professionnels que des médias et des institutions. Chambre de résonance, chacun de ces festivals s’attache à multiplier les influences et les esthétiques, spectacles solos et collectifs, sorties d’ateliers et soirées cabaret, grands noms et jeunes talents. Seuls quelques festivals ont cependant les moyens de développer une programmation « in » ambitieuse et le nombre de représentations pour les grosses productions s’approche souvent de l’unité. Les « off » ont explosé ces dernières années : aléatoire, la démarche permet néanmoins une certaine visibilité auprès des programmateurs.
Des moments hors du temps ?
Incitant à parcourir des chemins de traverse, les festivals ont réussi à détourner le quotidien des habitants, à les faire voyager dans leurs quartiers, dans un souci oecuménique de partage et de plaisir, atteignant ainsi un public que la culture « officielle » ne rencontre parfois jamais. L’intérêt pour ces formes n’a d’ailleurs pas diminué et quelques festivals généralistes tels Avignon ou Paris Quartier d’été, jouent depuis quelques années la carte du mélange, invitant théâtre, danse, arts de la rue et de la piste à se côtoyer.
Concentrées pour 71 % d’entre elles entre mai et septembre, beau temps oblige, la plupart de ces manifestations ont l’originalité de s’être développées dans des villes moyennes, voire dans des communes rurales. Acteurs de premiers plans, les collectivités territoriales sont parfois des partenaires fragiles, rendant les équipes particulièrement dépendantes des bouleversements politiques. La mutation de ces deux secteurs n’est pas achevée et de nouveaux modes de collaboration, à l’image de ceux conçus par les réseaux européens Eunetstar et In Situ, sont encore à imaginer.
Dans un avenir proche, les festivals de rue doivent réaffirmer leur vocation de découverte, lutter contre le risque de formatage des créations et prouver qu’ils n’ont rien perdu de leur verve contestataire ni de leur imaginaire merveilleux.
Car aujourd’hui, tous les arts sont dans la rue : Nuit Blanche ou Lille 2004 ont ouvert leurs rues et leurs portes à des créateurs venus de tous les horizons, qui transcendent les genres et les frontières. Le brassage des populations, à l’occasion d’un événement à la dimension artistique à la fois exigeante et festive, reste toujours la fameuse équation à résoudre, la formule magique, qu’il faut réinventer chaque année.