Les arts de la rue bénéficient d’un soutien faible de l’état : 9,9 M€, soit un peu plus de 1,5 % du budget total consacré au spectacle vivant ! Mais il faut rappeler que les premiers dispositifs d’aide datent de 1993 et qu’en 2001, le total des subventions du ministère de la Culture aux arts de la rue était de 2,4 M€. Tout comme pour les arts du cirque, il faut attendre 2002 pour que le soutien devienne significatif. Ainsi entre 2002 et 2005, l’Etat a augmenté sa part d’aide aux compagnies de 43 % et de 78 % aux lieux de fabrique. En 2005, il a initié le Temps des arts de la rue, sorte de focale sur le genre, qui a lui permis en 3 ans d’augmenter ses apports de plus de 50 %. Les arts de la rue y ont gagné en structuration, mais les problèmes de diffusion restent récurrents, aggravés depuis 2003 par la crise de l’intermittence qui a touché de plein fouet ce secteur extrêmement fragile.
+ Un paysage de compagnies foisonnant et disparate
On reste toujours frappé par l’essor incroyable du nombre de compagnies malgré la faiblesse des moyens. Elles sont 915 équipes de rue aujourd’hui et ce chiffre a triplé en 20 ans. Malgré la crise de l’intermittence : entre 2000 et 2005, on comptait 18 % de nouveaux. Mais à y regarder de plus près, on voit que ce secteur est en perpétuel renouvellement. Ainsi, seule une compagnie sur 2 survit au-delà de 4 ans.
Par ailleurs, 42 % des compagnies recensées ont un budget inférieur à 50 000 €, 8 % atteignent un budget supérieur à 300 000 €. Les profils des compagnies sont très variables. Chez les artistes qui ont plus de 15 ans d’existence, on trouve de grandes troupes, solidement organisées et bénéficiaires de subventions publiques et une myriade d’autres, souvent individuelles, mal structurées mais très adaptables aux marchés privés.
+ Un marché fragmenté et difficile à cerner
Leur marché est segmenté. D’abord les arts de la rue sont saisonniers. Ils fonctionnent certaines périodes de l’année : l’été pour les festivals (84 %) et l’hiver pour les indétrônables fêtes de noël commanditées par les organismes privés.
Or, la grande majorité des compagnies a une économie qui repose sur la vente et non sur la subvention directe (50 % de ressources propres en moyenne). Cette vente se réalise auprès d’interlocuteurs qui sont eux-mêmes, soit directement des entités publiques (les municipalités), soit des organismes subventionnés : structures socioculturelles, comités de fêtes, associations de quartier. Arrivent ensuite les représentations occasionnelles commanditées par des prestataires privés (agences événementielles, entreprises privées). Restent bien sûr les festivals. On compte 217 festivals de rue, ce chiffre s’est multiplié par 3 en 15 ans.
Forme très prisée des collectivités qui y gagnent en image et en investissement mesuré, ces événements phare ont l’inconvénient de bloquer la diffusion. Leur profusion a quasiment entériné l’idée que la diffusion des arts de la rue ne pouvait passer que par cette forme. Les saisons spécialisées (Pronomade(s) en haute Garonne, Quelque p’arts en Ardèche....) restent encore marginales. S’ils ont indéniablement permis l’essor, la visibilité donc la reconnaissance du champ, les festivals ne sauraient faire écran à une diffusion plus en profondeur.
On trouve enfin les tournées à l’étranger qui représentent 15% des ressources des compagnies, un marché qui concerne surtout les compagnies les mieux organisées, voire les plus reconnues. Cette hétérogénéité du marché a un prix esthétique. Comment comparer un spectacle d’animation à une production soutenue par le Festival d’Avignon ? Or si les artistes, et c’est bien normal, refusent de rentrer dans le débat sur la valeur artistique, la puissance publique, elle, ne l’oublie pas et s’est beaucoup concentrée sur les écritures pour imposer une lisibilité de ce secteur pour le moins hétérogène.
+ Une structuration lente
Plusieurs dispositifs institutionnels aident à la structuration du secteur. Ainsi l’état a initié plusieurs aides, mais investit moins dans la création au profit de résidences, censées appuyer les démarches des créateurs et leur permettre de travailler dans de bonnes conditions. De nombreuses compagnies bénéficient du soutien de collectivités locales qui représentent aujourd’hui une part plus importante dans les budgets : 28 % contre 22,9 % pour l’état. Les financements locaux ont notamment permis l’émergence de lieux. Initiés par les compagnies ou des festivals qui les ont baptisés « lieux de fabrique » dans les années 90, ces nombreux espaces de fabrication, de création ou de résidence, (certains d’entre eux sont pluridisciplinaires et accueillent aussi du cirque) ne sont pas pour rien dans la structuration du secteur. Le ministère de la Culture a d’ailleurs reconnu leurs démarches en soutenant en fonctionnement 17 d’entre eux.
Depuis une dizaine d’années, certains de ces lieux se sont distingués par l’envergure de leur action sur le territoire. La Fédération, association professionnelle des arts de la rue, a établi en 2000 une liste de 9 lieux de fabrique dans ce cas. En 2005, dans le cadre du Temps des arts de la rue, ces 9 structures ont été labellisées « Centre national des arts de la rue » : Le Parapluie à Aurillac, L’Abattoir à Chalon-sur-Saône, L’Atelier 231 à Sotteville lès Rouen, L’Avant-scène à Cognac, Le Fourneau à Brest, Le Citron jaune à Port-Saint-Louis-du-Rhône, Le Moulin fondu à Noisy-le-Sec, La Paperie à Angers et Pronomade(s) en Haute-Garonne ont obtenu des moyens
supplémentaires et autant de missions qui vont du soutien à la création (aide à la création, soutien au projet, accueil en résidence, commande d’écriture...), à l’action culturelle en passant par la mise en place de saisons des arts de la rue, de résidences de diffusion, la promotion du genre et la mise en réseau de structures spécialisées et généralistes. Un texte cadre a été rédigé pour mieux cerner ces objectifs. Ces lieux ont prouvé leur capacité à accueillir, former et diffuser
le genre hors des festivals.
+ Le Temps des arts de la rue
Est-ce parce que le réseau labellisé des Centres dramatiques nationaux et des Scènes nationales reste si réticent devant les arts de la rue ? En tout cas, en 2005, un temps fort initié pour créer une focale sur le genre a été mis en place pour 3 ans, à la demande de la profession. Le Temps des arts de la rue a d’abord apporté son lot de mesures nouvelles de l’état : 3,5 M€ au total. Les régions ont elles aussi suivi le mouvement. HorsLesMurs a recensé les efforts de 8 régions sur le genre dont les dotations vont de 50 à 400 % supplémentaires, jusqu’à 1000 % ( !) en Languedoc-
Roussillon qui partait en 2004 de 27 000 € contre 269 000 € aujourd’hui. Soit pour ces 8 régions : 2,8 M€ de mesures nouvelles. Pour ce qui est de la diffusion, l’ONDA a engagé en 2007 quelque 240 000 €, aidant 58 spectacles pour 226 représentations de 50 équipes dans 60% de lieux qui ne sont pas des CNAR, mais des Scènes nationales, conventionnées ou des centres culturels. Pourtant, la mesure nouvelle de 100 000 € de l’état ne sera pas reconduite en 2008, gel oblige... Résultat, les arts de la rue risquent de se replier alors sur les CNAR qui, s’ils connaissent les réseaux rue mieux que personne, risquent de conforter le champ dans son isolement.
L’avenir, comme pour tout le spectacle vivant, ne s’avère pas rose : il s’agit avant tout de consolider les mesures nouvelles obtenues dans le cadre du Temps des arts de la rue et de renforcer les partenariats avec les collectivités locales. La profession l’a bien compris et s’organise depuis quelque temps en fédérations régionales pour défendre au près des territoires les intérêts et les spécificités de ces formes artistiques.
Anne Quentin
Le Goliath, guide des arts de la rue et des arts de la piste, HorsLesMurs, 2008.
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915 compagnies de rue sont répertoriées en 2008 dans la base de données de HorsLesMurs.
Leur nombre connaît une progression constante depuis 20 ans (elles étaient 400 en 1990 et 760 en 2000), même s’il a tendance à se stabiliser depuis quelques années.
Ces compagnies proposent plus de 2 100 spectacles à la vente, qui réunissent en moyenne de 6 artistes. L’implantation des compagnies, comme le montre la carte, fait apparaître une concentration plus marquée dans trois zones géographiques : près de 33 % dans le Sud (Rhône-Alpes, PACA, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées), 24 % en Ile-de-France et 14 % à l’Ouest (Bretagne, Pays de la Loire).
De nombreux savoir-faire artistiques sont utilisés par les compagnies dans leurs spectacles. L’histogramme
présente les principales disciplines de rue (une compagnie pouvant en pratiquer plusieurs). On retrouve
au premier plan le théâtre, la musique, les arts plastiques, la danse et les disciplines de cirque (clown, jonglage, équilibrisme). Au sein du théâtre, on peut distinguer le théâtre de texte, le conte, le mime, le théâtre de tréteaux, forain, gestuel ou musical. Par ailleurs, 70 % des spectacles sont fixes, 28 % déambulatoires et seulement 2 % sont des parades urbaines.